Il y a bien longtemps qu’on ne vous a donner des nouvelles. On se promène tellement qu’il est parfois difficile de se poser quelques heures pour écrire. Voilà un long récit qui devrait satisfaire votre appétit de Pack-sac et Pad Thai pour quelques temps.
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On se réveille tout frais tout beau après l’horrible trajet de bus de la veille. Tout ça est déjà loin derrière. Nous envisageons une journée pas mal smooth à se préparer pour une autre longue balade en scooter. À l’horaire ; visiter la ville de Paksé, trouver un bolide, pondre un autre article pour le blogue, mais surtout relaxer.
La rive du Mékong à Paksé, vue sur la Thailande
Daolin Restaurant, notre nouveau Quartier Général!
Après un petit déjeuner au Daolin, une petit restaurant à deux pas de notre guesthouse, nous passons chez Miss Noy. C’est un locateur de moto très bien quotté dans le guide du routard. Yves, le propriétaire, est un sympathique belge qui gère sa business de façon très flexible. On loue une moto pour une durée indéterminée et on paye au retour. Yves ne sait donc jamais vraiment combien de véhicules seront disponibles pour le lendemain. Il demande à ce qu’on se présente à son bureau le soir à 6 heures et on voit alors si une moto est disponible pour nous.
Yves prend nos noms en note pour la moto et nous partons faire une balade le long du Mékong. C’est une autre journée où la chaleur est accablante. Le thermomètre affiche autour de 40o et l’ombre est une denrée rare. Nous faisons notre bout de chemin jusqu’au marché Dao Heuang. C’est le plus grand marché au Laos. On y trouve absolument de tout. Dans un gros entrepôt sont rassemblés les marchands de vêtements, jouets, instruments de cuisines, etc. À l’extérieur on trouve les kiosques alimentaires, les quincailleries et les garages. On passe tranquillement à travers les échoppes, mais l’achalandage est étourdissant. Nous n’étirons pas trop la visite.
Nous refermons la boucle en revenant au Daolin pour se rafraichir à grand coup de sundaes et de sorbets. Miam! Le resto sert de la bouffe pour tous les goûts, autant locale qu’occidentale. Le staff est toujours souriant et serviable faisant de l’endroit un véritable QG pour les voyageurs qui s’arrêtent dans le coin. On s’y installe pour l’après-midi et on travaille sur le blogue.
On quitte juste à temps pour retourner au Miss Noy pour 6 heures. Yves fait un topo d’environ une heure à tout ceux qui veulent louer un scooter chez lui. Il explique les différentes attractions de la région ainsi que les possibilités de trajets pour les découvrir. Il fait tout ça avec un humour assez cinglant et en français en plus. Comble de bonheur, une machine nous est réservée.
Sunday en après-midi et slush en soirée
Restaurant de rue à Paké
Le lendemain nous partons pour la boucle du plateau des Bolavens. La route de 200 kilomètres se fait sur trois jours et recèle de chutes et de paysages à couper le souffle.
Nous atteignons la première escale sans soucis en début d’après-midi. Le village de Tad Lo est reconnu surtout grâce ses trois chutes environnantes. Une série de guesthouses longent une route qui mène à la rivière et forme un petit quartier touristique. Nous passons d’une à l’autre pour trouver une chambre, mais tous affichent complètes (ou ne correspondent pas trop à nos standards). Nous trouvons, malgré tout, un bungalow modeste, mais avec un balcon qui donne directement sur la rivière Xe Set. La chance! Le prix pour la nuit est plus que raisonnable alors on s’y installe.
Sans trop perdre de temps nous allons à la rencontre de la première chute, Tad Hang. Des enfants se baignent dans la rivière et jouent dans la cascade. Les femmes du village en profitent pour se laver et faire la lessive dans la rivière aussi. Nous suivons un chemin nous menant tout en haut des rochers puis à la plus grande des chutes des environs, celle qui prête son nom au village de Tad Lo. Malgré la saison sèche qui la prive d’une bonne partie de son véritable débit, la chute est très puissante. Un mini trek nous permet d’atteindre le sommet de la chute et d’y apprécier la vue.
Une guesthouse du village abrite deux éléphants et les emmène prendre leur bain dans la rivière vers 16 heures chaque soir. Nous nous y rendons pour voir le spectacle. Le dresseur se tient debout sur un éléphant alors que ce dernier s’enfonce dans l’eau en s’aspergeant avec sa trompe. Ils s’arrêtent dans un endroit très creux où l’éléphant est presque totalement submergé et le dresseur lui fait des signes pour qu’il plonge sous l’eau. Le manège se répète avec l’autre éléphant et les deux mastodontes s’arrêtent finalement sur le bord de la rivière pour être nourrit de bananes et de cannes à sucre.
Nous avons la chance de nous entretenir avec le propriétaire de la guesthouse. C’est un américain au look qui allie la rockstar et l’animateur d’émission animalière. Un drôle de type. Il nous raconte pleins d’histoires concernant ses bêtes dont il semble complètement fasciné. Il nous invite aussi à les nourrir, les flatter et même à les embrasser. Lorsque les éléphants quittent, les enfants laotiens viennent chercher les restant de cannes à sucre et les mangent en se baignant dans la rivière. Nous restons un peu avec eux à les regarder sauter dans la rivière du haut d’un gros rocher.
Moon, la belle éléphante
Nous allons ensuite souper et retournons à la chambre rapidement. Nos voisins de bungalow reviennent de leur souper avec un couple d’amis et nous les invitons à venir nous rejoindre sur le balcon. Brice et Mathilde sont un jeune couple de français qui voyage pour 6 mois en Asie du sud-est. Ils arrivent du Cambodge et ont une foule d’histoires et de coups de cœur à partager. Nous passons une super soirée à jaser et à boire de la Beerlao autour de lanternes improvisées fabriquées avec des bouteilles d’eau et des lampes de poche frontales. On fait avec ce qu’on a.
Le lendemain nous avons rendez-vous avec un guide pour faire le tour des villages ethniques de la région. Nous marchons dans les champs et les plantations et au travers de villages des tribus Katou, Nghe et Ong. Le guide nous explique au passage leurs différents modes de vie et leurs croyances respectives. Les habitants nous saluent et les enfants viennent à notre rencontre. Nous nous reposons un peu dans la hutte cérémoniale au centre d’un village. Le guide nous explique que dans quelques jours, à la pleine lune, les habitants égorgeront deux buffles pour une cérémonie animiste. Le chef du village lancera alors les organes des animaux dans un genre de panier de basketball en bambou au bout d’un long poteau. C’est le repas pour les esprits. Ensuite, tous les habitants font la fête et dansent pendant plusieurs jours. Personnes ne peut retourner vaquer à ses occupations tant que les deux bêtes n’ont pas été complètement mangées.
Nous terminons la longue marche en passant devant Tad Soung la plus grosse des trois chutes de la région. Malheureusement, depuis la construction d’un barrage hydroélectrique, la chute est complètement à sec. Nous arrivons un an trop tard.
Lieu de rencontres et de cérémonies du village
Nous revenons à la chambre en fin d’avant-midi. Jean-Nick veut profiter du soleil qui plombe pour faire un peu de lavage. Alors qu’il s’affaire à la tâche, le lavabo se décroche et éclate sur le plancher de la salle de bain. Heureusement, personne ne se blesse. La propriétaire de la guesthouse veut cependant nous charger pour les dommages. À force de s’obstiner, nous convenons de payer moitié-moitié. C’était quand même un peu de notre faute et ce n’était que 50 000 kips (8$).
Un beau gâchis
Nous allons nous baigner dans la rivière et attendons de voir les éléphants venir s’y baigner comme la veille. De retour à la chambre, nous croisons Mathilde et Brice et allons souper avec eux et plusieurs autres de leurs amis. Nous revenons ensuite sur notre balcon continuer la discussion autour d’une grosse bière.
Nous reprenons la moto ce matin en direction d’une ferme dans le village de Baan Kapeu. C’est une ferme qui produit du poivre, du thé, de la soie, des noix et plusieurs autres aliments. Ils sont très impliqués dans la communauté locale et offre de la formation aux villageois pour qu’ils puissent débuter et vivre de leur propre ferme. Nous y sommes accueillis par la sympathique Sabine, une suisse-allemande passionnée par son métier. Nous marchons avec elle dans les plantations et elle nous explique leurs procédés et les difficultés auxquels ils doivent faire face au quotidien. Elle cueille parfois des produits qu’elle nous fait goûter immédiatement.
Sabine de la ferme Mae Salvanh Lao
Champs de noix à gauche et de thé à droite
Poivre et ananas
La visite se poursuit dans une serre où ils élèvent les vers à soie. Encore ici, Sabine nous explique les différentes étapes de la production. Nous avons aussi droit à une dégustation des thés produits sur la ferme. Chantale est aux petits oiseaux. Nous essayons plusieurs thés dont un thé aux feuilles de mûriers et un thé vert. Le plus marquant reste le « poo tea ». Thé obtenu par l’infusion de la merde de vers à soie. C’est vraiment pas si mauvais en plus.
Nous remontons sur notre bolide en direction de la cabane du Capitaine Hook. Une visite incontournable de la région selon plusieurs. Une grosse enseigne de bois écrite à la main nous indique le chemin à prendre. La maison sur pilotis abrite une véritable petite armée. Une vingtaine d’enfants et d’adolescents s’activent sous la maisonnette. Dans une ambiance de monde imaginaire, chacun d’eux accomplis ses tâches comme des petits adultes. Une petite fille sur un banc fume du tabac à la canne à sucre dans une grosse pipe en bambou en nous regardant nonchalamment. D’autres nous servent des cafés dans des cafetières à filtre fabriquées en bambou. Le Capitaine Hook au milieu de ce petit monde semble y reigner en souverain.
Capitaine Hook
Il nous emmène pour une visite de son village natal. Nous marchons dans une plantation de café et Hook nous fait un petit cours 101 sur l’histoire et les variétés du café. Il nous renseigne aussi sur les différents usages que sa tribu fait des végétaux et insectes que nous croisons au long de la route. Nous faisons des bulles avec la sève d’une plante qui a aussi des vertus médicinales. Nous découvrons un arbuste dont le fruit émet de la lumière pendant plusieurs heures lorsqu’il est chauffé. Hook prend ensuite une fourmi rouge sur un arbre et la mange vivante. Il nous explique qu’elles ont des vertus thérapeutiques. Elles sont notamment bonnes pour guérir la constipation. Il coupe la tête d’une autre et nous la tend pour essayer. Les touristes n’aiment pas les manger vivantes dit-il. Après une petite hésitation, nous acceptons de goûter. Elles sont très acides, ainsi leur goût rappelle un peu celui du citron.
Hook est d’origine Katou. Il nous parle des croyances et traditions de son village animiste. Plusieurs révélations sont choquantes et nous rendent inconfortables. Les Katou sont polygames et se marient dès l’âge de 6 ans. Les jeunes filles ont leur premier enfant autour de 14 ans. Le premier mariage est décidé par les familles des enfants. Ensuite un garçon peut marier autant de filles qu’il le désire. Aussi, il n’y a pas vraiment de barrière d’âge. Donc, un homme mature peut marier une fillette. Il nous parle même d’un des villageois qui est marié à trois sœurs de la même famille. C’est difficile d’entendre ça sans pouvoir y faire quoi que se soit.
Il nous parle d’une tradition dans laquelle le guru transmet la malchance du village à un chien attaché à un poteau et les habitants passent un à un pour lui donner un coup de pied. Selon cette croyance, le malheur meurt avec la bête. Heureusement nous n’avons pas assisté à de telles atrocités pendant la visite. Malgré ses croyances difficiles à avaler, la promenade est super intéressante et très enrichissante.
Le soleil commence à disparaître et Capitaine Hook met fin rapidement à la visite pour que nous aillons le temps de repartir à la clarté. Nous mettons le cap sur Tad lo pour retrouver notre cher balcon. Brice et Mathilde sont encore là et viennent discuter avec nous un peu. La soirée finie assez tôt puisque nous avons chacun de gros trajets à faire demain.
Petit garçon seul à la maison pendant que ses parents travaillent aux champs
Aujourd’hui nous allons visiter trois autres chutes populaires sur le plateau des Bolavens. Nous reprenons le scooter et parcourons les quelques 75 kilomètres qui nous séparent du premier arrêt. La chute de Tad Yuang est très impressionnante. Si la saison sèche atténue de beaucoup la beauté de l’endroit, elle nous permet de se rendre complètement en haut de la chute d’où la vue est superbe. Nous empruntons ensuite un long escalier abrupt qui nous mène tout en bas de la montagne d’où l’on peut apprécier toute la puissance de l’eau atterrit dans la rivière.
Vue du haut de Tad Yuang
Tad Yuang
Le deuxième arrêt sont les chutes de Tad Fane. Ce sont les plus hautes et les plus impressionnantes de tout le plateau. L’eau tombe dans la gorge 120 mètres plus bas. Nous voyons la scène d’un belvédère assez loin, mais on peut tout de même admirer les lieux. Un sentier permet d’attendre la base de la chute, mais le temps nous manque et nous voulons absolument aller à Tad Champee où la baignade est permise. Par une journée aussi chaude, on serait fou de s’en passer.
Tad Fane
Tad Champee est de loin la moins impressionnante des trois chutes du programme. Par contre le site où elle se trouve est un vrai petit coin de paradis. Nous restons là un bon bout à nous prélasser sur des chaises longues en bambou et à sauter à l’eau de temps en temps pour se rafraichir.
À cinq heures le site ferme et on demande aux touristes de quitter les lieux. Nous partons à la recherche d’une guesthouse pour passer notre dernière nuit sur le plateau des Bolavens. Le locateur de moto nous avait chaudement recommandé Ning Homestay si nous devions dormir dans ce coin-là. Puisque ses conseils se sont toujours avérés être de purs plaisirs, nous arrêtons notre moteur chez Ning.
Au premier abord, nous sommes un peu déçus. De par le nom de l’endroit, nous nous attendions à dormir chez l’habitant. L’endroit ressemble davantage à une guesthouse traditionnelle avec restaurant et grand dortoir. Heureusement, nous sommes les seuls touristes à s’y être arrêtés aujourd’hui. Nous avons le dortoir de seize places à nous seuls.
Nous jouons quelques parties de pétanques avec des jeunes du village et passons la soirée à rigoler avec le petit Nicky, le fils de deux ans de Ning la propriétaire.
Nicky
Nous devons nous lever très tôt, car nous devons rendre la moto et sauter dans un bus à huit heures ce matin. Il nous reste un petit 35 kilomètres à parcourir avant d’atteindre Paksé. Le chemin se déroule sans problème et on arrive même avant que la shop de moto ne soit ouverte. Lorsque Yves se pointe encore tout éméché, nous lui rendons les clés et courons au Daolin pour prendre le petit déjeuner. L’autobus arrive en même temps que notre commande que l’on prendra finalement pour emporter. On saute dans l’autobus direction les 4000 Îles.